1.
Pourquoi des raies
d’absorption à des valeurs
très précises ?
Partons de
l’exemple simple
traditionnel du gaz
d'hydrogène atomique.
Un électron lié à un proton
ne peut pas posséder
n'importe quelle énergie. Il
existe des niveaux
d'énergie quantifiés :
E1,
E2, E3,
…
Pour passer du niveau
E1
au niveau E2
, l'atome doit recevoir
exactement :
∆E = E2 – E1
Un photon possède
l’énergie :
E = h
ν
Donc l'absorption n'est
possible que si :
h
ν = ∆E
ou :
ν = ∆E
/ h
D'où une fréquence très
précise, et donc une
longueur d'onde précise :
λ = c / ν
C'est pourquoi, lorsqu'un
spectre continu traverse de
l'hydrogène, certaines
longueurs d'onde sont
retirées du faisceau : elles
apparaissent comme des
raies noires.

2.
Pourquoi l'absorption
continue-t-elle ?
Supposons que le faisceau
contienne 1 million de
photons à la longueur
d'onde exacte d'une raie.
Un photon est absorbé par un
atome :
H + h ν
à
H*
Mais cela ne signifie pas
que tous les atomes du
gaz ont absorbé leur photon
et sont définitivement
"saturés".
L'atome excité redescend
ensuite :
H*
à
H + h ν’
ou peut subir d'autres
processus.
Il redevient donc disponible
pour absorber à nouveau.
Il existe donc une
population continuellement
renouvelée d'atomes capables
d'absorber.
3.
Mais la raie peut réellement
saturer
La loi simple de
Beer-Lambert est :

où :
N =
nombre d'absorbeurs par
unité de volume,
L = longueur traversée,
σ
= section efficace
d'absorption,
τ = profondeur optique.
Donc :
Faible absorption :
τ << 1
I
≃ I0(1
– τ)
Absorption importante :
τ
≈
1
une
fraction importante du
rayonnement disparaît.
Très forte absorption
τ
>> 1
I = I0 e-
τ
à
0
La
raie devient donc
pratiquement noire au
centre.
Et
là, effectivement : on ne
peut pas absorber plus de
100 % des photons qui
passent !
4.
Alors pourquoi augmenter
encore l'épaisseur du gaz ?
Parce que la saturation ne
concerne pas nécessairement
toute la raie.
Imaginons une raie centrée à
:
λ0 = 656,3 nm
(raie Hα de l’hydrogène)
Au centre exact de la raie,
la section efficace est
maximale.
On peut avoir :
τ (656,3 nm) = 100
Le rayonnement au centre est
alors :
I/I0
= e
-100
≈ 0
Impossible de devenir « plus
noir que noir ».
Mais un peu à côté :
656,2 nm
on peut avoir par exemple :
τ = 0,5
et à :
656,1 nm
peut-être :
τ = 0,1
Donc, lorsqu'on augmente la
quantité d'hydrogène :
le centre de la raie sature
d'abord,
puis l'absorption gagne
progressivement les ailes.
La raie devient donc plus
large, plutôt que
simplement plus noire.
5.
Et pourquoi la raie
n'est-elle pas infiniment
fine ?
C'est également très
important.
La transition atomique
correspond théoriquement à
une fréquence extrêmement
précise.
Mais dans la réalité, une
raie possède une largeur.
Plusieurs mécanismes
interviennent :
Largeur naturelle
Un état excité possède une
durée de vie finie
∆t
(émission
spontanée, collision
moléculaire)
La
mécanique quantique donne
alors une incertitude :
∆E ∆t
environ
≥
ħ/2
donc une petite largeur
intrinsèque de la raie.
Élargissement Doppler
Les atomes se déplacent dans
toutes les directions.
Un atome qui se dirige vers
soi voit une fréquence
légèrement différente d'un
atome qui s'éloigne.
Résultat : la raie est
élargie.
Collisions
Les collisions entre atomes
perturbent également les
niveaux d'énergie et
élargissent les raies.
Donc une raie réelle
ressemble davantage à :

plutôt qu'à une ligne
mathématique infiniment
mince.
6.
Et voici le point peut-être
le plus surprenant
« Ces raies ne saturent
jamais ? »
Elles peuvent parfaitement
saturer.
Mais il faut distinguer :
saturation de l'intensité au
centre ;
Oui :
I(λ0)
à
0
et saturation de
l'absorption totale de la
raie ;
Non, pas
nécessairement.
Car lorsque le centre est
déjà noir, augmenter la
quantité de gaz peut
continuer à accroître :
- la largeur de la raie ;
-
l'absorption dans les
ailes ;
-
donc l'énergie totale
retirée du spectre.
C'est une idée fondamentale
en spectroscopie.
7.
Et il y a encore une
subtilité extraordinaire
Dans un gaz très épais, ce
qu’on observe finalement
n'est pas simplement :
« les photons ont été
absorbés ».
L'absorption n'est pas
"figée".
Un
photon absorbé est
généralement suivi d'une
réémission,
éventuellement dans une
autre direction et après
d'autres interactions
(collisions, émission
spontanée ou stimulée).
Ainsi, pour un observateur
placé derrière le gaz, le
faisceau direct perd de
l'intensité parce que les
photons ont été retirés
du faisceau initial.
Mais l'énergie n'a pas
nécessairement disparu.
Elle peut être :
- réémise dans une autre
direction ;
-
réémise à une autre
fréquence ;
-
convertie par collisions
;
-
redistribuée entre les
niveaux atomiques ;
-
éventuellement
transformée en chaleur.
C'est précisément pourquoi
il faut distinguer
absorption, émission,
diffusion et
transfert radiatif.
Cela rejoint directement les
questions sur H₂O et CO₂
Pour une molécule comme H₂O
ou CO₂, le principe reste
quantique :
∆E = h ν
Mais les niveaux d'énergie
sont beaucoup plus complexes
et nombreux que pour l'atome
simple d'hydrogène : il
existe des rotations,
vibrations, combinaisons
vibration-rotation,
d'intensités diverses
dans les valeurs d’un
faisceau infrarouge.

Modes vibratoires
Rotations
CO₂
4
2
H₂O
3
3
On
obtient alors des
milliers de raies,
chacune ayant une certaine
intensité et une certaine
largeur.
Et
surtout, lorsqu'on augmente
la concentration de CO₂
par exemple, les raies
les plus fortes saturent
d'abord au centre ;
l'augmentation
supplémentaire du CO₂ agit
alors davantage dans les
ailes des raies et dans les
régions où l'opacité était
encore plus faible.
|
|
C'est une des clés pour
comprendre pourquoi «
une raie saturée »
ne
signifie absolument pas
« cette fréquence
n'absorbe plus rien »,
ni que l'ajout de
molécules
supplémentaires est sans
effet radiatif
supplémentaire. |
|
8. Incidence majeure
des collisions moléculaires
Il est parfois avancé que
les collisons moléculaires,
beaucoup plus fréquentes que
l'émission spontanée d'un
infrarouge par une molécule
(CO₂
ou
H₂O) qui
est au niveau excité ou
ayant absorbé un quantum
infrarouge, empêche
d'exister l'émission
radiative au sein de
l'atmosphère.
C'est méconnaître le
rôle joué par les collisions.
Les énergies de
collision des
molécules de l'air (O₂, N₂)
sont du même ordre de
grandeur que celles des
transitions vibratoires des
gaz à effet de serre (H₂O,
CO₂) et certaines collisions
non élastiques de niveau
d'énergie compatible peuvent
activer (état d'excitation) ou désactiver ces
dernières avec émission
infrarouge (absorption ou
émission stimulée).
Même si ces collisions
efficaces sont
proportionnellement rares,
leur occurence est
importante étant donné le
nombre total de molécules
d'air qui est gigantesque :
environ 2,5.1019
/ cm3
L'émission infrarouge
atmosphérique est ainsi très
majoritairement isotrope,
dans toutes les directions.

|
|
Exemple :
CO₂ aux
conditions
atmosphériques
Fréquence de
collision d'une
molécule d'air avec
ses voisines :
environ 1010/s
Collisions
subies par une
molécule de CO₂ dans
l'air
: quelques
109/s
Relaxation
vibrationnelle du
CO₂ à 15 µm par
collisions
:
environ
105/s
à 106/s
Émission
spontanée du CO₂
pour la transition
vers 15 µm
: environ 1 à
2/s |
|
Ce sont les collisions
qui "règlent" ainsi
l'équilibre radiatif
entre émission
d'infrarouge et
absorption par les
molécules dites "à effet
de serre". Plus de ces
molécules conduisent à
plus d'émissions mais
également à plus
d'absorptions qui
viennent amortir l'effet
de serre accru résultant.
9. Conséquences
sur l'effet de serre
L'irradiation solaire de
courte longueur d'onde
(UV, visible et IR
court) réchauffe la
Terre qui émet ainsi des
infrarouges de grande
longueur d'onde depuis
sa surface, en fonction
de sa température (lois
de Planck et
de Stefan-Boltzmann).
La radiation infrarouge
émise, soit par la
surface soit ensuite par
l'atmopshère, et qui
n'est pas absorbée ou
réabsorbée,
s'échappe ; pour partie vers
l'espace pour réguler la
température terrestre et
pour partie vers la
surface.
L'émission vers
la surface (Downwelling
Longwave Radiation) est
la source de
l'effet de serre.

L'augmentation du
CO₂ accroit cet
effet mais pas
proportionnellement,
selon une influence
amortie en logarithme
(Ln) de la concentration
de
CO₂, conformément
aux propriétés
quantiques d'absorption
du CO2 par élargissement
des raies et absorption
sur les raies
secondaires.
Gunnard Myhre, en
s'appuyant sur la base
de données spectroscopiques
HITRAN.1996 a établi la
formule universellement
reconnue du forçage
radiatif
ΔFW/m2
= 5,35 Ln (C/C0)
avec C concentration
nouvelle ppm en
CO₂ et C0
concentration de
référence initiale.
Le passage de la
variation radiative à la
variation de la
température se calcule
par la
sensibilité climatique.

Il est à noter que
; tandis que le
CO₂ est homogénéisé dans
l'atmosphère dans un
délai d'environ un an, l'effet important de la
vapeur d'eau n'est pas
directement intégré dans
les projections
temporelles du fait de
son effet naturel
continu non contrôlable
et instable (0,5 à 5%
selon le lieu).
Toutefois l'influence de
sa variation de % avec
la température est prise
en compte (rétroaction
positive d'évaporation
accrue).