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Des millénaires d’électricité
L’atout nucléaire abandonné par la France

Par la rédaction, 19 octobre 2026



 

L’avenir énergétique de la France passe par les réacteurs à neutrons rapides

Cette technologie, que le pays a longtemps maîtrisée en pionnier avant d’être abandonnée pour des raisons idéologiques par Lionel Jospin et Dominique Voynet (Superphénix) puis par Emmanuel Macron et Nicolas Hulot (Projet Astrid), permettrait de valoriser l’essentiel de l’uranium disponible, de réduire certains déchets radioactifs et de renforcer considérablement notre indépendance énergétique.

Un potentiel énergétique largement inexploité

Les réacteurs nucléaires actuellement les plus répandus, les REP * et les EPR *, utilisent principalement l’uranium 235, qui représente moins de 0,7 % de l’uranium naturel. Or, plus de 99,3 % de celui-ci est constitué d’uranium 238, que ces réacteurs ne savent pas exploiter directement de manière efficace.

* (Le REP (Réacteur à Eau Pressurisée) est un réacteur nucléaire de 2e génération, tandis que l'EPR (Réacteur Pressurisé Européen ou Evolutionary Power Reactor) est une version plus moderne de 3e génération conçue pour offrir plus de puissance et de sécurité. Ils partagent le même principe de base (l'eau sous pression sert à la fois de caloporteur et de modérateur pour produire de la vapeur et générer de l'électricité), mais l'EPR améliore nettement les performances et la sûreté.)

Les réacteurs à neutrons rapides (RNR) changent la donne. Grâce à la transformation de l’uranium 238 en plutonium fissile, ils peuvent produire une partie de leur propre combustible et valoriser beaucoup plus complètement la ressource. Cette capacité de surgénération pourrait multiplier par environ 140 fois le potentiel d’utilisation de l’uranium par rapport aux filières conventionnelles.

La France disposerait ainsi d’un patrimoine énergétique considérable : plus de 300 000 tonnes d’U238 sont en stock, auxquelles s’ajoutent des stocks de plutonium séparé. En 2050 cette quantité devrait atteindre les 500 000 tonnes. Ces ressources pourraient assurer plusieurs millénaires de production d’électricité si une filière de réacteurs rapides était développée à grande échelle.

Moins de ressources consommées, des déchets mieux maîtrisés

Les avantages avancés ne se limitent pas à la disponibilité du combustible. Les RNR pourraient également diminuer fortement la production de certains éléments radioactifs à très longue durée de vie, notamment les transuraniens. Ils offriraient par ailleurs un meilleur rendement électrique que les REP : environ 43 % contre 33 %.

Le recours au sodium liquide comme fluide de refroidissement permet un fonctionnement à pression atmosphérique, mais présente une contrainte importante : sa réaction chimique avec l’air et l’eau exige des dispositifs de sécurité adaptés mais bien maîtrisés.

Un choix stratégique que la France doit assumer

On peut déplorer l’abandon progressif par idéologie de cette filière en France, malgré l’expérience acquise avec les réacteurs Phénix et Superphénix. Les comparaisons économiques défavorables aux RNR sont souvent trompeuses, notamment lorsqu’elles opposent un prototype ancien à des réacteurs commerciaux plus récents.

Pendant ce temps, la Russie et la Chine poursuivent leurs programmes de réacteurs rapides, et l’Inde développe également cette technologie. La France risque de perdre ses compétences et de devenir dépendante d’approvisionnements en uranium dont la disponibilité à long terme pourrait se dégrader.

Un choix politique clair serait nécessaire, des investissements ciblés et une réorganisation des institutions afin de restaurer les compétences nécessaires. Attendre une éventuelle maîtrise industrielle lointaine de la fusion nucléaire ne constitue pas une réponse réaliste aux besoins énergétiques des prochaines décennies.

Sans ambiguïté la France possède les connaissances et les ressources nécessaires pour envisager une énergie nucléaire durable et souveraine, mais elle doit décider de les exploiter.

Relancer les réacteurs à neutrons rapides n’est pas seulement une question de technologie : c’est un choix de stratégie industrielle, d’indépendance nationale et de responsabilité envers les générations futures.

Pour approfondir :
Positions défendues par Claire Kerboul (CEA) dans l’entretien publié par
Transitions & Énergies, n° 30.

 


 




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