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L’avenir énergétique de la
France passe par les réacteurs à
neutrons rapides
Cette technologie, que le pays a longtemps
maîtrisée en pionnier avant d’être
abandonnée pour des raisons
idéologiques par Lionel Jospin
et Dominique Voynet
(Superphénix) puis par Emmanuel
Macron et Nicolas Hulot (Projet
Astrid), permettrait de
valoriser l’essentiel de
l’uranium disponible, de réduire
certains déchets radioactifs et
de renforcer considérablement
notre indépendance énergétique.
Un potentiel énergétique
largement inexploité
Les réacteurs nucléaires actuellement les plus
répandus, les REP * et les EPR *,
utilisent principalement
l’uranium 235, qui représente
moins de 0,7 % de l’uranium
naturel. Or, plus de 99,3 % de
celui-ci est constitué d’uranium
238, que ces réacteurs ne savent
pas exploiter directement de
manière efficace.
*
(Le
REP
(Réacteur à Eau Pressurisée)
est un réacteur nucléaire de
2e génération, tandis que l'EPR
(Réacteur Pressurisé
Européen ou
Evolutionary Power Reactor)
est une version plus moderne
de 3e génération conçue pour
offrir plus de puissance et
de sécurité.
Ils partagent le même
principe de base (l'eau sous
pression sert à la fois de
caloporteur et de modérateur
pour produire de la vapeur
et générer de
l'électricité), mais l'EPR
améliore nettement les
performances et la sûreté.)
Les réacteurs à neutrons rapides (RNR) changent la
donne. Grâce à la transformation
de l’uranium 238 en plutonium
fissile, ils peuvent produire
une partie de leur propre
combustible et valoriser
beaucoup plus complètement la
ressource. Cette capacité de
surgénération pourrait
multiplier par environ 140 fois le
potentiel d’utilisation de
l’uranium par rapport aux
filières conventionnelles.
La France disposerait ainsi d’un patrimoine
énergétique considérable : plus
de 300 000 tonnes d’U238
sont en stock, auxquelles
s’ajoutent des stocks de
plutonium séparé. En 2050 cette
quantité devrait atteindre les
500 000 tonnes. Ces ressources
pourraient assurer plusieurs
millénaires de production
d’électricité si une filière de
réacteurs rapides était
développée à grande échelle.

Moins de ressources consommées,
des déchets mieux maîtrisés
Les avantages avancés ne se limitent pas à la
disponibilité du combustible.
Les RNR pourraient également
diminuer fortement la production
de certains éléments radioactifs
à très longue durée de vie,
notamment les transuraniens. Ils
offriraient par ailleurs un
meilleur rendement électrique
que les REP : environ 43 %
contre 33 %.
Le recours au sodium liquide comme fluide de
refroidissement permet un
fonctionnement à pression
atmosphérique, mais présente une
contrainte importante : sa
réaction chimique avec l’air et
l’eau exige des dispositifs de
sécurité adaptés mais bien
maîtrisés.
Un choix stratégique que la
France doit assumer
On peut déplorer l’abandon progressif par
idéologie de cette filière en
France, malgré l’expérience
acquise avec les réacteurs
Phénix et Superphénix. Les
comparaisons économiques
défavorables aux RNR sont
souvent trompeuses, notamment
lorsqu’elles opposent un
prototype ancien à des réacteurs
commerciaux plus récents.
Pendant ce temps, la Russie et la Chine
poursuivent leurs programmes de
réacteurs rapides, et l’Inde
développe également cette
technologie. La France risque de
perdre ses compétences et de
devenir dépendante
d’approvisionnements en uranium
dont la disponibilité à long
terme pourrait se dégrader.
Un choix politique clair serait nécessaire, des
investissements ciblés et une
réorganisation des institutions
afin de restaurer les
compétences nécessaires.
Attendre une éventuelle maîtrise
industrielle lointaine de la
fusion nucléaire ne constitue
pas une réponse réaliste aux
besoins énergétiques des
prochaines décennies.
Sans ambiguïté la France possède
les connaissances et les
ressources nécessaires pour
envisager une énergie nucléaire
durable et souveraine, mais elle
doit décider de les exploiter.
Relancer les réacteurs à neutrons rapides n’est pas seulement une question
de technologie : c’est un choix
de stratégie industrielle,
d’indépendance nationale et de
responsabilité envers les
générations futures.
Pour approfondir :
Positions défendues par
Claire Kerboul (CEA) dans l’entretien
publié par
Transitions & Énergies,
n° 30.
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