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La véritable émissivité de la terre, corps gris
Par le Comité scientifique de Terre & Climat, 6 novembre
2025
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La Terre n’est pas
tout à fait le corps noir que les modèles climatiques
imaginent.
Des mesures satellitaires précises révèlent une
émissivité moyenne légèrement inférieure à 1 soit
autour de 0,96.
Un détail apparemment mineur… mais qui ajuste la
température d’équilibre du globe, et affine notre
compréhension de l’effet de serre et du bilan
énergétique planétaire. |
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Depuis des décennies, les
modèles climatiques considèrent la Terre comme un
corps
noir parfait avec une émissivité égale à 1,
émettant vers l’espace selon la célèbre loi de
Stefan-Boltzmann :

Où F est le flux émis (W/m²),
T la température absolue (K),
ε
l'émissivité et

Mais dans la réalité, la Terre n’émet pas comme un
corps noir parfait. Les océans, les nuages et
l’atmosphère ont chacun une émissivité légèrement
inférieure à 1.
Des mesures satellitaires récentes situent
l’émissivité moyenne globale terrestre à environ 0,96 ±
0,01.
Cette valeur, apparemment anodine, a pourtant des
conséquences importantes sur l’interprétation
énergétique du système climatique.
Une émissivité mesurée depuis l’espace
Les données les plus fiables proviennent des instruments
:
- CERES (Clouds and the Earth’s Radiant Energy System)
de la NASA,
- et MODIS (Moderate
Resolution Imaging Spectroradiometer) embarqué sur les satellites
Terra et Aqua.
Lien 1
Lien 2
Lien 3
Leurs observations croisées montrent que la Terre
rayonne vers l’espace en moyenne :

Pour ce flux, si la Terre était un corps noir parfait
(ε = 1), sa température d’équilibre serait de
254,8 K (-18,3°C).
Mais avec ε = 0,96, la température équivalente
chute à 252,3 K (-20,9°C).*
(* Ceci correspond à la température moyenne
des émissions infrarouges de la Terre vues de l'espace ; soit
équivalent à une altitude d'émission de l'atmosphère
d'environ 5,5 km)
Autrement dit, pour produire le même rayonnement, la
Terre “grise” doit être légèrement plus chaude que
prévue, d’environ 2,5°C.

Ce graphique montre comment le flux émis augmente avec
la température pour deux cas :
en noir, un corps noir parfait (ε = 1)
en bleu, un corps gris (ε = 0,96), plus
réaliste pour la Terre.
Pour un même flux de 238 W/m², la différence de
température d’émission est visible.
C’est une petite correction… mais elle compte dans les
bilans énergétiques précis du climat.
Quand la convection entre en jeu
Dans l’atmosphère réelle, la température ne dépend pas
uniquement du rayonnement.
Les échanges convectifs (ascensions d’air chaud,
condensation de vapeur d’eau) établissent un profil
thermique vertical où la décroissance moyenne est
d’environ – 6,5 K/km dans la troposphère.
Ce profil peut être modélisé simplement dans un
modèle radiatif-convectif à une couche effective,
ajusté ici pour une émissivité moyenne de 0,96.

On obtient une température de surface d’environ
16,6°C, conforme aux observations réelles.
Ce modèle simple illustre comment la combinaison du
rayonnement, de la convection et de la vapeur d’eau
permet de reproduire un équilibre thermique stable
proche du climat terrestre actuel.
Le rôle de l’eau et des surfaces
Les océans couvrent 70 % du globe et présentent une
émissivité moyenne autour de 0,96–0,97, variable
selon l’angle de vue et la teneur en vapeur d’eau.
Les continents émettent un peu plus (ε ≈ 0,97–0,99),
tandis que les nuages épais peuvent descendre à
0,80–0,90.
Ainsi, la valeur globale de ε ≈ 0,96 résume un
équilibre pondéré entre toutes ces contributions.
Une nuance aux conséquences réelles
Prendre en compte une
émissivité de 0,96 :
- réduit légèrement la température d'émission
équivalente de la Terre ;
- modifie le calcul du forçage radiatif net (quelques W/m² );
- et améliore la cohérence entre observations satellites
et modèles de surface.
Cette correction n’invalide pas l’effet de serre — elle
l’affine :
Le système terrestre reste sous influence des gaz à effet de
serre (H₂O, CO₂, CH₄), mais la calibration fine du bilan
radiatif devient plus juste.
En résumé
Paramètre
Corps noir
(ε=1)
Corps gris (ε=0,96)
Flux sortant (W/m²)
238
238
T° d'équilibre (K)
254,8
252,3
T° équivalente (°C)
- 18,3 - 20,9
Différence ≈ - 2,5°C
Une Terre « corps gris » n’émet pas moins — elle émet
différemment.
C’est une nuance subtile, mais cruciale, pour comprendre
les équilibres thermiques du climat.
Références
-
NASA CERES / MODIS, Earth’s Energy Budget and
Surface Emissivity (2000–2024)
-
Trenberth, K.E. & Fasullo, J.T. (2012). Earth’s
global energy budget. Journal of Climate, 25(9).
-
Wild, M. et al. (2015). The energy balance over
land and oceans.
Climate Dynamics.
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